Un nouveau départ pour les données de santé : le cloud français remplace Microsoft

Après des années de dépendance à Microsoft, les données de santé des Français, gérées par l'Assurance maladie pour le Health Data Hub, seront désormais hébergées sur des serveurs français et souverains, grâce à l'entreprise Scaleway.
Une décision stratégique en faveur de la souveraineté numérique
Dans un contexte où la protection des données personnelles est plus que jamais au cœur des préoccupations, l'Europe entend renforcer sa souveraineté numérique. Le 23 avril 2026, la Plateforme des données de santé (PDS) a annoncé avoir choisi Scaleway pour héberger les données de remboursement de l'Assurance maladie ainsi que d'autres bases médicales.
Un changement nécessaire face aux risques juridiques
Auparavant, ces données étaient stockées sur les infrastructures de Microsoft Azure, une décision qui avait suscité de vives critiques. Les lois américaines à portée extraterritoriale permettaient en effet aux autorités des États-Unis d'accéder à des informations, même si celles-ci étaient hébergées en Europe.
Après plusieurs années de débats et de pressions politiques, le Gouvernement a finalement opté pour Scaleway, une filiale du groupe Iliad, qui possède également Free. En 2019, le Gouvernement avait mis en place le Health Data Hub, une plateforme publique destinée à fournir aux chercheurs un accès aux vastes bases de données de santé du Système national des données de santé (SNDS) géré par l'Assurance maladie.
Les enjeux de la transition vers Scaleway
Cette transition est cruciale, car elle permettra de développer des modèles d'intelligence artificielle dans le domaine de la santé. Ces avancées technologiques ont pour objectif d'anticiper les crises sanitaires, de suivre l'évolution des maladies, d'affiner les diagnostics, et de faciliter la découverte de nouveaux traitements. Toutefois, pour que cela soit possible, un accès à des données massives et de qualité est indispensable. Un entrepôt sécurisé pour stocker ces données est donc nécessaire.
La position de la CNIL et les défis à surmonter
La CNIL s'est toujours opposée à l'hébergement de ces données sur un cloud non européen, en raison des risques d'accès par des autorités étrangères. Les lois américaines permettent, dans certains cas, d'exiger que les opérateurs de cloud américains fournissent les données stockées chez eux, où qu'elles se trouvent dans le monde.
Malgré ces préoccupations, Microsoft Azure avait été retenu comme hébergeur, car la société était la seule à répondre aux exigences techniques du projet. Cependant, face à la pression croissante, le Gouvernement a annoncé en février 2026 son intention de retirer l'hébergement à Microsoft avant la fin de l'année.
Scaleway : une alternative crédible
Scaleway s'est rapidement imposée comme une alternative crédible, proposant une solution conforme aux exigences de sécurité, de performance et de souveraineté. Damien Lucas, directeur général de Scaleway, a déclaré : "Nous sommes fiers d'avoir été retenus par la PDS à l'issue d'un processus de sélection extrêmement compétitif. C'est aussi un symbole, un signal envoyé à tous les acteurs de la santé et, au-delà, à tous ceux qui se font une certaine idée du cloud : une alternative européenne crédible et compétitive existe."
Un point à clarifier : la qualification SecNumCloud
Cependant, Scaleway ne détient pas encore la qualification SecNumCloud, un label délivré par l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI), qui garantit l'immunité face aux lois extraterritoriales. En janvier 2025, le fournisseur de cloud a annoncé avoir obtenu le jalon "J0" et a entamé les démarches pour obtenir cette certification cruciale.
Le communiqué de la PDS ne mentionne pas cette qualification, évoquant plutôt des "options de sécurité nécessaires qui restent à construire" dans une logique de "partenariat".
Une transition complexe mais nécessaire
Le Gouvernement insiste sur le fait que la transition vers Scaleway ne se fera pas du jour au lendemain. Le transfert des données et des infrastructures représente un chantier complexe, qui devra être mené de manière progressive pour garantir la continuité des projets de recherche et la sécurité des informations. Il est crucial d'éviter toute interruption des travaux scientifiques en cours tout en assurant une migration fiable et contrôlée vers le nouvel environnement technique.
La migration complète de la copie du SNDS est donc prévue entre fin 2026 et début 2027.
Conclusion
Cette décision représente une avancée majeure pour la protection des données de santé en France et en Europe. Elle illustre l'engagement des autorités françaises à sécuriser les informations sensibles tout en soutenant le développement de la recherche médicale.






